François S Dembélé "le virtuose" (1ére partie)
Bwa ou Bobo de souche, François Souleymane Dembélé est né un 3 Février 1957 à Bamako. Fils de Zoumana et Coura Marie Diarra, François est issu de la lignée des nobles du pays des "HOMMES DROITS", de ceux qui aujourd'hui encore refusent l'humiliation et préfèrent la mort à la honte : les Bobos.
Le destin de ce jeune sera scellé par un petit djembé que lui apporta un jour sa mère de retour du marché de Medine. François venait d'avoir 7 ans et s'apprêtait à aller à l'école française.
Ce djembé que lui a offert sa mère Coura allait orienter le jeune François vers la Musique, cet art pourtant considérér par sa famille comme propre aux griots, aux hommes de caste. François fréquentera donc l'école, et ne se séparait jamais de son djembé avec lequel il dormait tous les soirs.
De retour de l'école, François se ruait sur son instrument de rêve qu'il jouait tant, qu'il oubliait de manger et d'apprendre ses leçons.
Le destin là est têtu coriace et c'est ce destin qui fit rencontrer François avec l'un des plus grands maîtres du djembé : Karamoko Sidibé, qui le prit en estime à cause de son amour exacerbé pour le djembé.
Un matin alors que le jeune François s'apprêtait à aller à l'école, il rencontre un groupe de "djembé fôla", joueurs de djembé qui allait à un mariage ; le jeune François fut interpellé par un certain Toumani Sidibé, lui aussi percussionniste, oubliant qu'il devait aller à l'école, François dit "Fran" pour les amis, suivit le groupe de "djembé fôla" jusqu'au lieu du mariage. Il avait 9 ans et déjà que de coups reçus par la famille pour l'obliger à abandonner son djembé que sa mère Coura lui avait apporté sans jamais imaginer que ce qu'elle avait considéré comme un jouet allait changer la vie de son fils.
Toumani, son voisin de quartier intervient auprès de Karamoko, le maître pour accepter le jeune François dans son groupe. Karamoko Sidibé accepta mais à condition que son nouvel élève continue d'aller à l'école. François poursuit ses études et commence son initiation d'abord en tant que joueur de "kenkéni" sorte de tam-tam aux deux extrémités recouvertes de peau.
Son intelligence et sa maîtrise de cet instrument l'imposeront très tôt comme membre du groupe à part entière. Il suscita déjà la jalousie de ses camarades, et pour mieux récompenser son talent, le maître Karamoko lui confia le "doun-doun". François venait d'avoir 10 ans.
Quelques semaines plus tard, Karamoko met le jeune instrumentiste à s'essayer au djembé comme premier accompagnateur, ensuite comme second accompagnateur, le dernier palier qu'il droit franchir pour être soliste du groupe.
Ce test, François va le passer un jour de 1968, à 11 ans, donc lors de l'animation d'une fête de mariage. Karamoko a prétendu être malade et a désigné François son nouvel apprenant pour le remplacer. La trouille au ventre et portant ses 1,10 m, l'élève tenait à relever le défi non pas pour se mesurer à lui-même, mais pour mériter de la confiance de celui qui venait de l'honorer.
Le jeune "Bwa" du haut de sa fierté congénitale, allait franchir le rubicon. Il remplit son contrat et ce fut pour lui le début d'une carrière mouvementée, contestée difficilement conciliable avec ses études.
Le premier succès que le jeune virtuose remporta alla comme une trainée de poudre aux oreilles de sa famille et de la direction de son école. Balloté entre le refus de ses parents de le laisser continuer allègrement son apprentissage et la volonté de son école de la représenter aux compétitions inter-scolaires, François à 12 ans allait connaître le calvaire de devoir choisir entre la volonté d'un père et les contraintes de son amour pour la musique.
Il est sacré meilleur joueur de djembé de tous les établissements du premier cycle de Bamako.
Au même moment, son père, pour préserver sa scolarité le renvoya à San pour qu'il y poursuive ses études. Rien n'y fît. Il y rencontra un autre maître de djembé Mamoutou Kouyaté qui l'adopta tout de suite à cause de sa maîtrise du djembé et ce, malgré son jeune âge. Son oncle ayant compris qu'il pourrait difficilement le canaliser le renvoya encore à Bamako pour éviter qu'il ne jette l'opprobe sur la famille.
Un Dembélé n'est pas un griot, et c'est le griot qui fait de la musique.
Le retour au bercail a été dur tant par l'accueil que par les conditions qui l'accompagnent. Dépité, son père l'a sommé de choisir entre la famille et la musique. Il a dû choisir naturellement la famille. A 12 ans, on est enfant mais ce choix dicté, forcé, obligatoire, ne put résister à l'appel du destin. François reprit du métier ce qui lui valut la colère du père qui le renvoie définitivement de la famille.
Le jeune virtuose dut également abandonner les bancs, contraint qu'il était de se prendre en charge et de forger son destin par le djembé. C'était en 1971 et François avait 14 ans. Ainsi commence pour le jeune prodige une vie véritablement professionnelle.
En 1972, il est sélectionné par la troupe régionale du district de Bamako pour participer à la Biennale Artistique et Culturelle du Mali, une participation qui lui permet d'être le meilleur djembé fôla de ladite compétition.
Il passe un court instant au Ballet du Chemin de Fer, et puis vint enfin la consécration avec son recrutement au BALLET NATIONAL DU MALI en 1972-1973. François venait d'avoir 17 ans.
Le Ballet Malien est une école où l'on cultive l'EXCELLENCE et qui regorge des meilleurs instrumentistes et ballerins du pays. Tout le monde n'y a pas de place, seuls les meilleurs y sont recrutés.
François avait à se frotter contre ceux qui ont porté le Ballet sur ses fonds baptismaux, des maîtres, des vrais : Mamadou Sylla (Faraba), Maré Sanogo, tous des solistes du Ballet.
François avait ainsi eu du boulot et beaucoup de boulot. Comment bousculer les traditions dans une formation que date de 1960 pour un jeune soliste d'à peine 17 ans et qui intègre une formation de "vieux loups". Quelle audace !
A coeur veillant rien n'est impossible. François avait un défi à relever. Celui de mériter de la confiance de ceux qui avaient assuré son apprentissage, sa formation, il venait d'accéder à une autre école, celle qui devrait consacrer sa carrière, son avenir. Les BALLETS MALIENS, un fleuron des meilleurs, de maîtres djembé fôla, des monstres du djembé, tels que : Madadou Sylla de (Faraban), Maré Sanogo de (Makono), tous solistes aux Ballets Maliens ; ainsi que Brahima Diakité, Balla Samaké, Zani Diabaté, Djélimady Douyaté, Adama Daikité, Moussa Sidibé, tous accompagnateurs. Cette panoplie de maîtres djembé fôla effraya le jeune François qui voulait tout de suite démissionner tant il croyait ses chances de réussir infimes. Il dut se résigner à aller voir son maître au village pour lui demander conseil. Revigoré par les encouragements de ce denier, François retourne aux Ballets pour y tenter sa chance. Il venait de sceller son destin avec celui d'une formation qui ne fait pas de cadeau et dont le crédo essentiel est la rigueur et la compétence.
François se mit à la tâche doucement, patiemment, courageusement, il essuya beaucoup de coups bas. Chaque erreur, chaque échec, chaque faute, était un deuil pour lui. Il ne désempara jamais, gonflé par les bénédictions de son maître de jour comme de nuit, il était attaché à son djembé, sa raison de vivre répétant chaque note, chaque rythme.